CocORIGINE

Cocoricouac Genisys

L'existence est faite de joies et de peines. A l'échelle relative du ballon rond, celle du passionné peut l'être tout autant. Les moments forts contribuent à une forme de plénitude virtuelle, alors que les désillusions et incompréhensions véhiculent une frustration plus ou moins difficile à digérer. Quoi qu'il en soit et tant que perdure cette foi particulière dans ce jeu à onze contre onze, tous les projets peuvent l'accompagner. Combinant le goût pour l'écriture et la verve du spectateur et supporter de football, Cocoricouac en est un certes modeste, mais authentique.

Séville : une cicatrice comme déclic

Mon premier souvenir de foot est également le plus douloureux. Il est bien probable qu'au passage bon nombre d'entre vous le partagiez également. Nous sommes le jeudi 8 juillet 1982, dans le sud caniculaire de l'Espagne... à Séville, cela va de soi. L'équipe de France tient enfin une génération en mesure de succéder et même de surclasser celle de ses illustres aïeux Kopa, Piantoni, Fontaine et consorts qui furent de flamboyants demi-finalistes de la coupe du monde en Suède un quart de siècle plus tôt.

Alain Giresse hilare après le but du 3-1 en prolongation contre la RFA en 1982

En demi-finale, alors qu'on ne la pressent pas nécessairement pouvoir conquérir une finale mondiale, la troupe de Michel Hidalgo rivalise merveilleusement avec l'effrayante et si réaliste R.F.A des Förster, Breitner et autre Rummenigge qui nous punira pourtant sans pitié aux tirs au but.
Les émotions qu'a procurées ce match, qu'il s'agisse des plus intenses et fabuleuses (l'égalisation sur pénalty de Michel Platini, la domination de la seconde période, les buts exceptionnels dans la première prolongation signés Trésor d'un ciseau magistral puis Giresse d'un coup de patte parfait qui le fait aujourd'hui encore courir comme un dératé bras repliés et poings serrés, ce break d'avance (3-1) qui nous propulse virtuellement en finale à moins de dix minutes de la fin, le t.a.b manqué de Stielike et ses pleurs jouissifs) ou des plus terribles, injustes et irrévocables (l'ouverture du score rapide de Littbarski, l'agression invraisemblable, éhontée et impunie de Schumacher sur Battiston soutenue par la passivité et le sourire complice de ce diable d'arbitre M.Corver, la main serrée et bienveillante du capitaine Platini à ce même Battiston allongé sur sa civière et que l'on se demande encore s'il respire, le retour puis l'égalisation des Allemands au bout de la prolongation grâce à leur profondeur de banc, le raté de Bossis, coupable comme un petit enfant au cinquième passage d'une séance de tirs au but insoutenable, et, enfin, cette sentence exécutée par Hrubesch synonyme d'élimination et donc de privation d'une première finale mondiale pour les Bleus), ont imprégné les mémoires collectives, en faisant l'un des plus épiques de l'histoire du football. Pour le gamin de dix ans que j'étais à l'époque, il activa mille sentiments, ou peut-être plus, et fut le tout premier déclencheur d'un amour sans réserve (même contrarié) pour ce sport limpide, jubilatoire mais aussi difficile et cruel à la fois.

1984, une année dorée avant l'OM

Je grandis, savourant les deux (premiers) titres que cet incroyable été 1984 apporta à la France avec tout d'abord le championnat d'Europe des nations d'un Platini sur son nuage puis les JO de Los Angeles où la troupe de Henri Michel et son buteur Monsieur Xu s'en alla battre le Brésil et ramener d'outre-Atlantique une médaille d'or inédite et inattendue. La France qui gagne, quel meilleur stimulant pour nourrir sa passion ?
Les années 1980 avançaient tranquillement. Au "fin fond" de ma Meuse natale, les choeurs de Marcel-Picot et les résultats de l'AS Nancy Lorraine n'avaient que très peu d'échos. Alors, lorsque les Girondins de Bordeaux régnaient sur le sol français sous la houlette d'un certain Aimé Jacquet et de ses leaders de terrain tel que l’éternel Giresse bien-sûr, mais aussi Tigana et d'autres fiers représentants du club au scapulaire comme les frères Vujovic, l'artiste Touré ou encore les espoirs Ferreri ou Vercruysse, mon coeur fut un temps bleu marine. 
Celui-ci ne tarda cependant pas à s'éclaircir pour se figer définitivement sur le bleu ciel. Au crépuscule de l'adolescence et suite à une migration familiale de ma chère Lorraine vers la Provence vauclusienne, je fus touché et littéralement emporté par la furia O.M.. Il faut dire que j'arrivais en terre phocéenne en pleine période d'éclosion européenne de l'Olympique de Marseille. L'hégémonie nationale des années Tapie était déjà acquise, et la gloire continentale n'allait plus tarder. Les années 1990 viennent de débuter, et avant le sacre si fabuleux en Ligue des Champions face au Milan AC en 1993, il aura fallu subir et vivre avec les horreurs de la main de Vata puis d'une première finale cadenassée et perdue aux tirs au but contre l'Etoile Rouge de Belgrade. La passion et l'amour du peuple marseillais pour son OM, dans les pires ou simplement mauvais moments comme dans les plus euphoriques m'avaient conquis. Ajoutez à cela la découverte du stade Vélodrome et sa ferveur inégalable en France, ainsi que l'admiration que j'avais pour ces grands attaquants aux attitudes si parfaitement en adéquation avec la devise du club - Droit au but ! - (ça ne surprendra personne que j’évoque les noms de Francescoli, Abedi Péle, Papin ou Waddle voire Völler et sa grinta magnifique) et j'étais littéralement devenu Olympien.

Manuel Amoros, en échec aux TAB et l'OM cède la Coupe des Champions 1991 à l'Etoile Rouge Belgrade
L'ASNL au coeur 

Revenu définitivement sur mes terres lorraines quelques temps plus tard pour aborder les années universitaires, et installé depuis lors à Nancy, je commençais à m'intéresser de plus près au club qui fournit au football français son plus beau joueur : l'ASNL qui à la fin des années 1970 mis sur orbite Michel Platini, futur triple Ballon d'or et plus grand numéro 10 de sa génération. C'est la période Laszlo Boloni où à la question "Qu'est-ce qui est rouge et blanc, qui monte et qui descend ?", la réponse ironique et embarrassante était inexorablement "Nancy !". L'équipe au chardon n'a pas encore remporté son deuxième plus beau trophée après la Coupe de France 1978, à savoir la Coupe de la Ligue 2006, mais des joueurs de renom ou en devenir contribuent à la fierté d'appartenir au peuple nancéien, même s'il n'a jamais été dans mes convictions de m'encarter d'un groupe de supporters. Après la glorieuse et éphémère période des Zavarov et Tarasiewicz vint celle des Wimbee, Rabesandratana, Lécluse, Zitelli, Vairelles, (le grand frère) Hadji et autre Cascarino qui ont tous marqué le club de leur empreinte et ont su jouir d'une belle carrière, fusse-t-elle débutée ou poursuivie en dehors de la capitale des Ducs de Lorraine. ASNL un jour, ASNL toujours.

Du papier à l'internet

Cela faisait par ailleurs un petit moment que trottait dans mon esprit l'idée de tenter une carrière de journaliste sportif. Télé ? Radio ? Certainement pas. Peu fringant face caméra ou micro, je trouvais une autre forme de spontanéité dans l'analyse ou l'observation écrite (ce qui permet aussi de contourner ce trop plein de naturel qui me caractérise dans mes commentaires "Live"). Simplement meilleur à l'écrit qu'à l'oral (comme on disait au lycée), j'étais persuadé que bosser dans un journal serait mon dada.

Le logo But!, le "3 Questions à" DD
et les coquilles qui vont avec
C'est ainsi que dans le cadre d'un stage en entreprise d'un trimestre débuta l'éphémère aventure But!. Qu'on soit bien d'accord, je n'allais pas apprendre à vendre des canapés ni des grille-pain dans la chaîne de magasins du même nom, mais bien faire partie de la rédaction du bi-hebdomadaire de football qui à l’époque (1994) cherchait à rivaliser avec Onze-Mondial et surtout France Football grâce à un contenu très "football français" plutôt qu'international. J'intégrais une rédaction composée d'une poignée de journalistes et stagiaires plutôt stakhanovistes, car à l'heure où mobiles et internet étaient des outils de communication et d'information à peine en gestation, il fallait être en permanence pendu au téléphone et avoir l'oreille ultrasensible au bruit criard du fax. Déconneurs et pas moins bosseurs, ces gars-là ne perdaient jamais l'occasion d'étalonner leur culture foot (et générale) lors des fameux "tours de table" de la mi-journée, exercice lors duquel je parvenais régulièrement à tirer mon épingle du jeu. Parmi eux figuraient certains noms que les plus assidus peuvent retrouver aujourd'hui : au générique de Téléfoot sur TF1 (Marc Ambrosiano) ou dans les colonnes de L'Equipe (Régis Testelin).

A tâtons mais avec un max d'envie de découvrir et œuvrer dans cet environnement à mes yeux prestigieux, je fis mes premiers pas au profit de l'édition régionale de But! : But!-Alsace, dont le responsable éditorial et unique journaliste, Alain Guizard - et son lourd carnet d'adresses d'Alsaciens avec en tête de gondole Frank Leboeuf, alors capitaine du Racing Club Strasbourg - turbinait sans chômer pour parvenir à remplir les 32 pages d'une édition qui était diffusée à intervalles irréguliers (pour un rythme idéalement mensuel). Cette édition locale autorisait beaucoup de libertés, et par conséquent de rigueur, et nous œuvrions à des rubriques originales tels que le "foot corpo" et le "foot féminin" (ce qui était clairement avant-gardiste pour l'époque), sans oublier les traditionnels présentations et bilans des matches de Strasbourg ainsi que le fameux "3 questions à..." un joueur de l'équipe opposée au Racing. Ceci m'avait permis d'interviewer furtivement (et par téléphone) des légendes naissantes ou confirmées tels que Manuel Amoros alors à l'Olympique Lyonnais et Didier Deschamps à la fois capitaine des Bleus et de l'OM, mais aussi des jeunes comme le défenseur messin David Terrier.

Quand cette parenthèse fut refermée, elle devint aussitôt enchantée puisque sans lendemains. Une autre réalité, celle des destinées, m'éloignait définitivement de cette voie professionnelle. Quelques temps plus tard, au virage des années 2000 et de l'avènement de l'internet commencèrent à pulluler de nouveaux médias en ligne. Curieux et intéressé par cette forme nouvelle de communication et toujours enclin à "reprendre du collier" en scribouillant à propos de football, j'allais troquer mon stylo contre un clavier en collaborant pendant la saison 2000-2001 avec le site Maxifoot.fr. L'essentiel de mon activité était consacré à la rubrique "Les Bleus de l'étranger" chère aux internautes soucieux de suivre les performances hebdomadaires des internationaux français expatriés. Les chaînes de télévision sportives n'avaient pas alors la faculté de briser les frontières de l'image et des terrains comme elles le font désormais, et le streaming était à peine un concept. En ce début de XXIe siècle où le football tricolore rayonne à l’international, je m'éclate à relater les exploits des Thierry Henry, Robert Pirès et autre David Trezeguet.

Ces piges régulières assouvissaient bien ma motivation profonde mais le fonctionnement de ce site collaboratif où chaque rédacteur est un bénévole qui s'investit (quasiment) comme un professionnel a ses limites. Ce n'est pas que je me lassais, bien au contraire, mais il fallait me rendre à l'évidence : la bascule vers l'activité lucrative n'arriverait pas et je devais me focaliser sur mon "vrai" métier, celui pour lequel j'étais toujours en quête du meilleur équilibre.

Merci Raymond

Depuis une vingtaine d'années, le football français a tout connu. La délivrance internationale avec l'ivresse d'un premier titre de Champion du monde en 1998 bonifié deux ans plus tard aux Pays-Bas avec l'Euro 2000 et cette finale aussi incroyable que jouissive face à l'Italie. Au rang des autres grands bonheurs, l'OM avait ouvert la voie des clubs français vainqueur d'une coupe européenne (la C1 en 1993) avant que le PSG inscrive son nom à la disparue Coupe des vainqueurs de Coupe en 1996. Encore plus de cocoricos auraient pu retentir si les Bleus de 2006 et son maître à jouer Zidane n'avaient échoué en finale du Mondial allemand contre l'Italie des Buffon, Cannavaro et Pirlo. Ou encore cet été si la bande d'Antoine Griezmann avait su honorer son statut de favori de l'Euro 2016 disputé à la maison mais finalement abandonné si négligemment au Portugal de Cristiano Ronaldo.
Des cocoricos égarés, c'est déjà une somme de couacs embarrassants qui marquent l'histoire de notre football. L'abominable France-Bulgarie de novembre 1993 (qui ne l'oublions pas fut précédé de l'outrageant France-Israël du mois précédent), qui nous priva à quelques secondes et une Kostadinov près du Mondial américain de 1994, est le parangon de cette étonnante culture, ou du moins habitude, de l'échec. Plus aucun club français n'a été en mesure de remporter un titre européen et les campagnes manquées de l'équipe de France ont plus souvent coïncidé avec des fiascos (2002, 2004, 2008, 2010) qu'avec un simple manque de talents (2012, 2014).

Saint-Aimé porté en triomphe en 1998
La retraite de Zidane sur son carton rouge reçu après son coup de boule sur Materrazzi en finale de la coupe du monde 2006 a été une étape charnière de la longue agonie de la valeur (les valeurs) "Bleus". Avec à sa tête Raymond Domenech, un sélectionneur qui fonctionnait par intuitions et humeurs (l'aléatoire) plutôt que par convictions et technicité (le savoir-faire), il devenait palpable que l'équipe de France courait à sa perte. Incapable de faire des choix forts et pertinents, Domenech liquéfia le niveau de jeu des Bleus à l'Euro 2008 et parvint à les qualifier pour la Coupe du monde sud-africaine après un barrage stupéfiant face à l'Irlande fin 2009 où sa perte de repères et de confiance contamina un groupe rongé par le doute et qui ne dût son salut que par le fait de jeu éhonté que l'on sait (main de Thierry Henry, but de William Gallas).
Les mois suivants servirent de préparation à l'Afrique du Sud. Dans la continuité des piètres sorties antérieures, et à l'image d'un groupe se cherchant un guide (un Henry vieillissant devient plus encombrant qu'autre chose), l'année 2010 ne sent pas bon. Battue à la fin de l'hiver par le Champion d'Europe espagnol (0-2), la France réalise trois matchs préparatoires d'un niveau consternant face à des adversaires sans envergure. A une première victoire à l'arrachée sur le Costa-Rica (2-1) succède un match nul étriqué en Tunisie (1-1). L'offense suprême est atteinte lors de l'ultime rencontre amicale à Saint-Pierre de la Réunion... contre la Chine. La nation classée 84e sur l'échiquier mondial par la FIFA s'impose 1 but à 0. Avec une équipe de réserviste, s'il vous plaît. A une semaine d'affronter l'Uruguay en ouverture de la première Coupe du monde en terre africaine, tous les voyants sont au rouge. Trop, c'est trop. C'en est trop pour ma part qui ne supporte plus de subir la médiocrité banalisée de cette équipe et qui fustige au quotidien les choix et déclarations d'un sélectionneur que l'on sent de plus en plus dépassé par les événements et enjeux.

- Première bannière du blog en 2010 -
Raymond Domenech de dos (que l'on espère ne jamais se retourner) au côté de Zakumi (mascotte du Mondial 2010)
Mais que faire pour stopper ou du moins signaler ce chemin de croix déjà balisé ? S'exprimer demeurant une si riche liberté, je fis le choix d'exposer mes angoisses, mes espoirs, comme mes attentes, en créant un blog. Ce blog mettra en avant les joies et les cocoricos mais ne sera jamais dupe des errances et divers couacs. Il parlera de foot. Alors il s'appellera COCORICOUAC PARLE FOOT.
Le premier article (plutôt bref malgré l'ampleur des contrariétés qui m’habitent à ce moment-là) s'intitule Le syndrome chinois. Il est publié le 5 juin 2010 au lendemain de la défaite contre la Chine et ne fait qu'amorcer le suivant (Sélectionneur un jour...) qui sera in fine annonciateur de l'effondrement définitif que vivra l'équipe de France durant son court séjour en Afrique du Sud (et le moment paroxysmique de l'affaire du bus de Knysna).

De plus beaux jours viendront après, et d'autres de nouveau sombres bien entendu, mais quoi qu'il en soit, Cocoricouac a grandi et s'escrimera encore longtemps à vous faire partager ses émotions.

Allez les Bleus, allez l'OM, allez Nancy et, par dessus tout, vive le foot !!


David GEORGES, créateur et rédacteur de Cocoricouac parle foot.
Publié le 24 octobre 2016

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