samedi 11 juin 2016

Stress et Payet

Le football possède cette particularité unique de jouer des tours aux esprits amnésiques. En dépit des vents contraires qu'avait encaissés l'équipe de France lors de sa période de préparation à l'Euro, les résultats avantageux acquis lors des matches amicaux (quatre victoires avec au moins trois buts inscrits à chaque fois) combinés aux possibilités offensives à jalouser ouvraient la voie de la béatitude. Les rappels de nos faiblesses défensives constatées ainsi que de la solidité historique et encore plus actuelle de l'adversaire roumain n'y changeraient rien : la France allait se trimbaler joyeusement dans son antre du Stade de France.
Oui mais voilà, un match d'ouverture ne se joue jamais la fleur au fusil, non  jamais. Et l'on comprit très vite que le contenu de cette affiche ne serait pas (toujours) une partie de plaisir. La pression du début de compétition comme celle imposée par l'adversaire (qui aurait pu marquer après moins de cinq minutes) paralysait quelque peu les joueurs (même si N'Golo Kanté n'a jamais cogité et devrait être la révélation tricolore de ce tournoi), à l'image d'un Paul Pogba brouillon après avoir fait les gros titres des médias l'annonçant déjà comme une légende à hisser au niveau de ses plus prestigieux aïeux vainqueurs continentaux (en 1984 pour Platini et 2000 pour Zidane). Encore usé par une longue et énorme saison à l'Atletico Madrid hélas gâchée par une finale de Ligue des Champions cruelle, Antoine Griezmann semblait pour sa part lessivé, et se montra inoffensif.
Les deux stars annoncées des Bleus pour cette Euro en retrait, aurions-nous d'autres ressources pour se sortir du piège intelligemment tendu par les joueurs des Carpates alors que la mi-temps sonnait sur un 0-0 ? C'est justement sur ce point que le positivisme ambiant prenait le dessus avant la rencontre. Nous avons  en effet d'autres forces à disposition, mais fallait-il encore qu'elles s’expriment et, surtout, se concrétisent. Toujours dans une douleur accrue par la rugosité adverse et le stress d'une victoire annoncée et obligatoire ne venant pas, les Français allaient tout de même trouver la faille. Quand rien n'est simple, il faut s'en remettre à ses certitudes.
Dimitri Payet, "réconforté" par Blaise Matuidi
Actuellement, cette certitude s'appelle Dimitri Payet. Libre par son positionnement sur le terrain (un peu à la Djorkaeff à l'époque) et par conséquent libéré (quelle saison il a fait à West Ham!!), l'ancien Marseillais s'éclate itou en Bleu depuis le début de l'année. Son pied gauche (le plus faible), guidé par un drone, allait faire merveille à deux reprises. Tout d'abord en délivrant un caviar sur la tête du canonnier Olivier Giroud (lequel inscrit au passage son huitième but en autant de matches avec la France), qui ouvrait et le score et la voie d'une victoire qui serait supposée devenir alors plus simple. Mais comme les Roumains revenaient rapidement au score grâce à un pénalty qui faisait suite à une toute petite faute de Patrice Evra (ce qui traduisait autant le zèle de l'arbitre hongrois que l'insuffisance d'Evra), et que les deux jeunes fusées Kingsley Coman et Anthony Martial qui venaient d'entrer étaient encore mal ajustées, Payet allait devoir derechef s'employer. Et  de préférence en toute fin de match, c'est bien plus grisant. Nous jouons la 89e minute et aucun coup-franc ne s'annonce comme face à la Russie et le Cameroun, mais notre arme fatale allait néanmoins marquer un but extraordinaire et libérateur. Servi par Kanté aux vingt mètres, le Réunionnais amorçait une frappe enroulée du pied gauche d'une limpidité absolue qui allait se ficher dans la lucarne droite du gardien. Le stade explosait, Dimitri courait et courait bras aux vents avant d'être repris par ses coéquipiers hilares. C'est à ce moment-là que Dimitri Payet montra que l'émotion peut autant frapper le spectateur que le joueur d'exception qu'il est en train de devenir. L'arme fatale, surpris par ce bonheur soudain, versa alors des larmes... fatales pour une Roumanie vaincue. Quelle splendeur! La France l'emportait (2-1) sans réelle aisance mais avec une défense enfin honorable et un meneur de jeu rayonnant. Tant que l'on marquera un but de plus que les autres, le sommet restera accessible...


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