mardi 19 novembre 2013

Vive le Feu

DD ne se souvient plus comment l'on chante le "Et 1 et 2 et 3-0"
Photo : 20minutes.fr 

Bien avant le match de barrage aller de Kiev, notamment au cours d'une année 2013 stérile en buts (pour l'équipe et plus encore pour Benzema), riche en défaites (la tournée Sudam') et en chaudes alertes (l'Espagne à domicile, le 0-0 avantageux en Géorgie, le 4-2 à l'arrache en Biélorussie), tout le monde a tout dit, tout balancé sur la médiocrité de cette équipe de France, le détachement parfois insolent de certains joueurs, et sur l’étonnante incapacité de son nouveau et glorieux sélectionneur Didier Deschamps à changer la donne et les mentalités.
Malgré tout, jusqu'à vendredi dernier et le coup d'envoi d'un Ukraine-France cauchemardesque (2-0), nous étions en mesure d'entrevoir une issue positive en raison de derniers résultats favorables et d'une mobilisation qui semblait fédérer l'équipe en son sein (Deschamps avait prévenu son monde, Ribéry n'avait plus "peur de rien"). Même Pierre Ménès se disait "optimiste".
Mais le traquenard fomenté dans la cuvette du Stade olympique de Kiev boosté par ses 70000 voix enrouées a bien eu lieu. Rugueux, à la limite du licite, resserrés derrière, collectivement bien rodés et, moins prévu, plutôt habiles techniquement, les Ukrainiens du boute-en-train Fomenko nous ont asséné la taloche qu'ils avaient préparée (comme les Bulgares en 1993 et, à une mimine prêt les Irlandais en 2009). Ce constat diabolique n'est en fait qu'une accumulation de poncifs puisque tous ses ingrédients sont autant gravés dans l'histoire de ces nations de l'est au caractère trempé et hostile que dans celle d'une nation tricolore bien trop sûre de son fait avant de sombrer dans le fatalisme. 
Au coup de sifflet final donc, face à ce résultat que les spécialistes qualifient de "parfait" pour celui qui l'emporte (ben ouais, précisons qu'une victoire ce soir de la France sur le score de 1-0, 2-1, 3-1 ou 4-2 serait vaine), force fut de constater que nous étions passés au travers de chaque règle immuable à respecter dans un affrontement aussi dangereux. Nous avons subi l'élan des jaunes alors que Deschamps avait opté pour la possession de balle (en lançant d'entrée le quatuor offensif Nasri, Rémy, Ribéry et Giroud), n'avons eu qui plus est qu'une seule occasion qu'il fallait d'autant plus convertir puisque le fameux but à planter à l'extérieur est tout sauf un leurre (n'est-ce pas Nasri ?), et avons ouvert des brèches derrière longtemps colmatées par l'énergie de Matuidi, la surdimension de Pogba et la rigueur... de Koscielny, mais ce dernier a techniquement puis nerveusement cédé (comme Laurent Blanc en 98), tout autant qu'un Abidal présent grâce à une wild card insensée (là ça me rappelle les tristes claps de fin de Desailly en 2004 et Thuram en 2008) ou qu'un Debuchy au gabarit de fétu de paille. La bataille de Kiev aurait même pu s'achever par un fiasco rédhibitoire sous forme de 3-0 si le dernier contre en surnombre des Ukrainiens n'avait été annihilé par leur épuisement physique.

Les Bleus battus 2 à 0. Logique mais intolérable. Pouvait alors commencer un flot continu de véhémences envers cette équipe sinistre, représentée par un sélectionneur démuni et des joueurs dépassés et insensibles. Les propos des journalistes, acerbes, vont parfois jusqu'à la vindicte, où le trauma renvoie aux origines sud africaines d'un mal qui peut sembler aujourd'hui incurable, alors que ceux du peuple sont aisément insultants et péremptoires, comme toujours en pareille situation. Il a même pu être évoqué des états de déficience mentale pour expliquer cet échec des hommes. 
La réalité est donc complexe, mais l'enjeu évident. Ce soir, il faut se qualifier pour la Coupe du monde 2014 en dépit d'un édifice branlant face à une équipe rendue insubmersible reposant sur une défense imperméable depuis huit mois. Insurmontable? Sans doute. Franck Ribéry court après un spectre : le Ballon d'Or. Peut-il encore gérer cette quête individualiste tout en servant une cause désormais exclusivement nationale? Le brassard de capitaine est confié depuis deux mandats de sélectionneur à Hugo Lloris, un homme certainement dévoué et intelligent, mais bien trop effacé sur et hors du vestiaire, et qui plus est gardien de but. Par son comportement nonchalant et son rendement plus qu'insuffisant, Karim Benzema exaspère, mais l'hypothétique salut passera par lui. Le port de tête haut, l'investissement au compte-goutte et les discours inconsidérés de Patrice Evra insupportent tout autant. Il faudra cependant composer avec ces déséquilibres qui nous menacent de l'intérieur. Soyons persuadés qu'aucune équipe n'a jamais eu recours à l'union sacrée pour obtenir des résultats, des titres. La plénitude, si elle existe, viendra plus tard. C'est pourquoi l'équipe de France doit passer l'été au Brésil, c'est footballistiquement nécessaire, obligatoire (j'accepterai bien évidemment le désaccord total de l'Ukraine sur ce point). Régler son réveil au milieu de la nuit (comme lors du Mondial mexicain en 1986) n'est-il pas la plus douce des tortures quand il s'agit d'assister à des matchs d'une intensité et une beauté uniques? Et les abîmes de l'élimination (synonyme de première non qualification pour une phase finale depuis le Mondial 1994) seraient encore plus profonds que les naufrages répétés lors des dernières participations à ces compétitions. 

Alors, parmi les solutions à mettre en place, le coach a pu préconiser une dose de folie, Mathieu Valbuena aura lui la rage, alors qu'Olivier Giroud se dit prêt à mourir sur le terrain. Ces discours peuvent rassurer sur la volonté qui habite (certains de) nos Bleus, mais attention à l'effet contraire, car pour rester à flot, le vaisseau Bleu aura besoin de toute sa lucidité, de joueurs valides et donc bien vivants sur le terrain. Mettez le feu messieurs, si vous ne voulez pas que tout le pays s'embrase !