dimanche 24 juin 2012

Les maux Bleus

Voilà, c'est fini. Battue par l'Espagne dans un match plus terne qu'un ciel gris, la France est éliminée de l'Euro 2012 dès les quarts de finale (0-2). Au regard de la hiérarchie mondiale actuelle, c'est un résultat sans surprise, car quoi de plus logique que de perdre face au double champion d'Europe et du monde lorsque l'on est seulement la seizième nation sur l’échiquier international, laquelle se relève tout juste de deux phases finales apocalyptiques. Ce pourrait même être un résultat encourageant, voire honorable. Mais y'a un hic, car non, la réalité n'est pas si doucereuse, mais tellement douloureuse. Et il nous faut tous l'affronter, pour le bien à venir de cette équipe de France derechef à l'agonie.

Même à l'arrêt, les Espagnols sont devant
Depuis l'An 2000 et un exceptionnel but en or de David Trezeguet qui nous offrait le championnat d'Europe dans la foulée de la coupe du monde 1998, qu'avons-nous vu de positif dans le jeu et l'attitude des Bleus ? Peu, trop peu de choses.
Le résultat d'hier soir à Donetsk est une nouvelle caillasse à un édifice en permanence chancelant qui semble durablement incapable à se stabiliser, à exister. Sur le terrain, à l'aune de l'étonnante et extrême passivité affichée par des Espagnols qui se sont contentés de gérer (ils ont peut-être dérouler, mais n’étaient sans doute pas si sereins que cela), l'absence de détermination des joueurs français a sauté aux yeux, a choqué donc. Où l'on constate tristement que la défaite face à la Suède les a accablés, alors qu'elle était supposée avoir un effet catalyseur dans la perspective d'un match à élimination directe face au plus prestigieux des adversaires. Tout comme les entrées en jeu de Samir Nasri et Jérémy Ménez en seconde mi-temps, censées (ré-)animer les offensives et déséquilibrer le bloc hyper compact de la Roja, ne furent que pétards mouillés, rien - ni individu, ni tactique - n'a pu changer une issue d'une fatalité consternante qui est sans affinité avec l'enjeu sportif originel : indécision et abnégation.
Avec seulement deux joueurs au rôle offensif dans la composition de départ (Ribéry et Benzema) contre une armada de joueurs repliés sur eux-mêmes et le but de Lloris (Debuchy reconverti en ailier droit et en réalité en doublon de Réveillère comme arrière-droit), les Bleus n'avait qu'un plan en tête, celui de ne pas encaisser de but (ou pas en première mi-temps en tout cas) et escompter en planter un en contre. Voici une ambition pusillanime à souhait et anti-conventionnel qui laissait peu de place à l'espoir alors que notre côte était déjà bien basse. Et dès lors que l'Espagne marquait sur sa première attaque (à la 19e minute), le dénouement de la rencontre ne pouvait être que déjà scellé. Nous tenions jusque là, mais depuis belle lurette pas plus inspirés sur les phases défensives que dans le camp adverse, nous avons donc baissé pavillon dès la première mise à l'épreuve. Quelle faiblesse. Cette impuissance, les Bleus l'ont alimentée tous seuls, se montrant d'un laxisme alarmant sur leur repli, à l'image d'un Florent Malouda au pas et d'un Yann M'Vila gambadant dans l'axe du terrain, pendant que Xabi Alonso, tel un dératé, avalait les décimètres qui le séparaient de la surface de réparation pour se délecter d'un maître coup de tête qui crucifiait notre portier sans gardes. La différence est là, les uns se veulent décideurs quand les autres n'ont pas d'autre personnalité que celle de subir. C'est un sort pénible, mais un juste sort.

En dépit d'un Franck Ribéry incisif mais imprécis, et meilleur Français du tournoi avec Lloris, et d'un Laurent Koscielny qui à lui seul a fait ce qu'on attendait de la paire obsolète Rami-Mexès, à savoir des interventions tranchantes, un placement juste et des relances propres, on a bien saisi que l'implication individuelle des joueurs fut insuffisante et donc fautive pour des professionnels. Les choix du sélectionneur laissent également sceptique. Pourquoi un schéma si défensif ? Pourquoi pas de remplacement dès la mi-temps au lieu de laisser le chronomètre s'égrainer ? Pourquoi Mathieu Valbuena, en pleine forme et toujours assidu aux tâches défensives n'a-t-il pas joué une seule minute sur cet Euro ? Et aussi pourquoi et comment des réactions d'après-match si peu cohérentes ? Extraits. "Il a manqué peut-être un peu d'ambition, de justesse technique aussi. Mais les garçons ont tout donné" a analysé Laurent Blanc, qui reconnait là ses lacunes et se plante sur la prestations de ses joueurs qui se montrent encore moins clairvoyants : "On a bien joué" (Karim Benzema), "Malheureusement il n'a pas manqué grand-chose en deuxième mi-temps (...). Il n'y a pas à rougir" (Hugo Lloris), "On n'a pas à avoir beaucoup de regrets, surtout par rapport au match de l'Espagne. Je pense qu'on a fait un bon match" (Franck Ribéry).

Si tout le staff est aussi peu lucide et amnésique, ce qui est une forme de déni des responsabilités de chacun, alors faut-il changer à nouveau de staff ? Quant aux joueurs, il va falloir repenser la présence de certains pour les prochaines joutes (éliminatoires de la coupe du monde 2014 dès septembre) d'autant que des comportements individualistes ou inacceptables font réfléchir. Hatem Ben Arfa a semblé signifier son mécontentement de ne pas avoir joué, Yann M'Vila, remplacé justement à dix minutes de la fin, n'a pas eu l'air de trouver cela normal. Quant à Samir Nasri (Monsieur "Ferme ta gueule!" quand il marque), il a un peu plus creusé son tombeau en Bleu en insultant un journaliste en coulisses avec la même véhémence dégradante que celle de Nicolas Anelka qui avait agressé verbalement Raymond Domenech en Afrique du Sud.

Cet Euro devait être une étape vers la reconstruction. Trop de voyants sont 
aujourd’hui au rouge pour penser que l'atteinte des quarts de finale est un motif de satisfaction. Nous avons battu la seule Ukraine, manifestement la plus faible équipe du tournoi avec la Pologne, l'autre pays organisateur. Ce n'est rien de sensible. L'été sera chaud à la Fédé.

Parce que l'équipe de France de demain sera forcément différente de celle-ci, C
ocoricouac se chargera prochainement de lancer le chantier de rénovation, et vous en serez les artisans. Préparez-vous.


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Article modifié le 24 juin 2012 à 13h21.

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