samedi 16 juin 2012

La France éteint le réacteur ukrainien

Gagner, c'est fait. Dominatrice logique de l'Ukraine hier soir à Donetsk (2-0), l'équipe de France s'est offert un succès précieux dans la course à la qualification pour les quarts de finale, autant qu'un match référence dans sa quête d'une identité nouvelle et d'un statut à retrouver.

Après que les dieux du tonnerre ont décidé de saccager la Donbass Arena et le début de soirée en déclenchant l’apocalypse qui engendrait une interruption de match au bout de cinq minutes de jeu et un report de la rencontre d'une heure, ceux du football, plus sages, offraient leur bienveillance à l'équipe de France. Avides de victoires, de repères et de confiance, les Bleus n'ont pas trahi la confiance et l’espoir que leur sélectionneur avait placé en eux depuis un match nul encourageant contre les Anglais quatre jours plus tôt.

Yohan Cabaye s'installe confortablement en Bleu

Sous la coupe d'un Franck Ribéry de feu qui retrouve enfin le niveau qui a forgé sa réputation sous le maillot au coq (lors de l'épopée du Mondial allemand de 2006) et d'un milieu de terrain puissant, éclairé et supérieur (à l'image du buteur Yohan Cabaye et de son acolyte Alou Diarra), les tricolores ont imposé leur projet à un adversaire qu'ils ont su anesthésier (la première période fut stérile et bleue), dynamiter (les deux buts sont intervenus en moins de cinq minutes) puis contenir au moment du réveil discret et vain des Bleu et Jaune. Les arrières latéraux Gaël Clichy et Mathieu Debuchy ont globalement maîtrisé leur couloir pour apporter leur contribution aux phases offensives longtemps restées brouillonnes et inefficaces en raison de mouvements au ralenti et du privilège laissé aux phases individuelles. Mais c'est bien par un développement collectif qu'allait venir le salut. Orphelin de ballons chauds dans les seize mètres, Karim Benzema sait changer de registre et se rendre différemment disponible pour l'intérêt commun. C'est ainsi qu'il a offert les deux ballons de buts à ses équipiers. Le Madrilène n'a toujours pas marquer dans cet Euro quand les Mario Gomez et Fernando Torres en sont à deux unités au moins ? Qu'importe. Dans le milieu gelé du hockey-sur-glace, le passeur est tout autant honoré que le finisseur, alors soulignons l'efficacité altruiste de celui qui fut l'un des meilleurs sur la pelouse.
Nous voilà rassurés et satisfaits. Partiellement cela va sans dire, puisque au-delà du résultat brut avantageux et mérité, tout ne fut pas parfait. Et si l'idéal n'existe pas, les chantiers demeurent conséquents pour remonter le courant de la hiérarchie continental qui consisterait à minima à accéder au dernier carré.

La défense tant décriée a gagné une bataille en gardant inviolée la cage de Lloris - lequel a tout de même dû s'employer face à Schevchenko -, mais notre binôme de centraux Rami-Mexès inquiète toujours autant. Ce sont ses carences - non pas dans sa complémentarité (quoique) - dans certaines inspirations et tentatives personnelles totalement hors sujet qui s'affichent. Si ces deux-là se mettent à faire leurs bourdes sur les mêmes actions, l'ami Lloris ne pourra sans doute pas faire des miracles à chaque fois. C'est pourquoi la titularisation de Laurent Koscielny doit être envisagée. Son jeu simple et précis, son rendement et sa condition physique actuels aperçus face à la Serbie et l'Estonie jouent nettement en sa faveur. Un paradoxe concerne certains autres joueurs comme Samir Nasri et Jérémy Ménez. Les vagues bleues, censées être déclenchées par le premier, ne l'ont pas vraiment impliqué. Malgré son but au caractère libérateur face à l'Angleterre, le joueur de Manchester City, pourtant replacé dans l'axe, n'a guère pesé sur le jeu, ce qui lui confère une influence lunatique et donc une présence d'emblée à repenser. Quant au second, il fut égal à ce que l'on sait de lui. Le Parisien, percutant et déstabilisant autant qu'approximatif et gaspilleur, a croqué des occasions très franches déclenchant l'impatience réprobatrice des supporters avant d'ouvrir le score par son talent intact. Lorsque à l'abord du dernier quart d'heure le onze de Blokhine lançait ses dernières cartouches velléitaires pour restaurer l'honneur d'un stade accablé par une défaite indiscutable, l'ancien sochalien se montrait insuffisant dans ses efforts et son repli défensif. Un comportement qu'il faudra très vite modifier sous peine de s'avérer préjudiciable pour l'équipe.

Cette victoire avec deux buts d'écart est bel et bien méritée; les hommes de Laurent Blanc ayant obtenu pas loin d'une dizaine d'occasions nettes. Elle s'est dessinée par la cristallisation de progrès décrits plus haut. Elle a également été rendue possible par le profil de l'opposant. Comme pressenti suite à la victoire d'entrée contre la Suède, l'Ukraine s'est peut-être vu trop grande dans son bel écrin tout jaune de Donetsk, dorlotée par un peuple en transe et enjolivée par l'exploit initial de sa vedette Andreï Schevchenko. Elle semblait irradier, la voilà calmée par les Français. Redescendue sur terre, elle devra éviter de se faire enterrer par le retour affamé de Wayne Rooney et son Angleterre.

Une superbe victoire finalement qui sera pleine de sens et d'avenir si l'ultime rencontre de ce groupe D face à une Suède déjà écartée des quarts lui fait écho (mardi soir à 20h45). Ce France-Ukraine était un déclic; le France-Suède devra être un détonateur voué à transporter les Bleus bien plus loin. 


On apprendra plus tard que Thierry Rolland s'était éteint. A quel moment de la journée ? Le commentateur historique et controversé du football français, privé d'Euro pour maladie, viscéralement épris de cette équipe de France a pu choisir son heure. Et patienter jusqu'au bout de la nuit perturbée de Donetsk pour s'offrir une délivrance commune avec celle des Bleus. Souhaitons-lui un repos éternel.

A lire également :
- "Les Bleus de chauffe n'ont pas suffi" (analyse du match France-Angleterre)
- "EURO-résurrection" (présentation Euro 2012)


1 commentaire:

  1. Ce maillot ne représente pas la France http://www.maillotsfootclub.com/. ça va avec le reste remarquez...

    RépondreSupprimer

Mon avis sportif :